Conférences

Dali et le surréalisme : réflexions sur Minotaure
De San Francisco à Montréal : contre-assimilation et adaptation culturelle dans la littérature québécoise francophone
Le corps de la contre-culture entre Érotisme et espace expérientiel
« S’achete[r] un Ab Roller King via TVA » : poésie, langue et effet de réel chez Simon Boulerice
La contre-culture au Québec : politique des citations
Petite Vie, petite langue : la langue vernaculaire dans la télésérie québécoise
We Want the World and We Want It Now” : la sacralisation du corps dans la contre-culture québécoise
L’American Dream perpétué, la perspective contre-culturelle
Une poétique de la déjection : le thème de la soif chez Denis Vanier
Le Postmoderne cru : sources et usages de l’instantané


Dali et le surréalisme : réflexions sur Minotaure

La trajectoire de Dali dans le champ culturel des années trente est, comme l’a montré Astrid Ruffa (2009), rendue compréhensible par le concept de « sensibilité iconique », qui est étranger au surréalisme « classique ». Son appartenance au mouvement, dont l’ambiguïté est illustrée par les interprétations contrastées de ses œuvres produites par Breton et Bataille (1929), peut ainsi paraître, du moins en partie, le résultat d’une concordance basée sur des thèmes partagés. Or, comme le montre son Journal d’un génie (1964), Dali a tenté de capitaliser à même la position qu’occupait le surréalisme dans le sous-champ des avant-gardes. Ses textes, repris dans Oui : La Révolution paranoïaque-critique (1971), montrent en ce sens une série de modifications opérées sur la pensée de Breton (Rubio, 2009), lequel doit, pour conserver mainmise sur les théories surréalistes, constamment revoir ses positions et subordonner par ses écrits les éléments novateurs introduits par le peintre.

De son côté, Minotaure, revue publiée par les Éditions Albert Skira de 1933 à 1939, fait montre de la même ambiguïté. Pluridisciplinaire, la publication se veut le lieu de rencontre des arts plastiques (anciens et nouveaux), de l’ethnologie, de la psychanalyse, de la littérature et de la musique. Les surréalistes, consultés lors du processus de création de la revue, l’investiront progressivement après la disparition, en 1933, du Surréalisme au service de la révolution. Alors que plusieurs soutiennent que « Minotaure devient […] une revue exclusivement surréaliste » (Schneider-Berry, 1988 : 235), nous croyons qu’il faut plutôt souligner qu’il s’agit d’un surréalisme nouveau, plus ouvert, qui a dû sortir de lui-même pour assurer sa subsistance au sein du périodique. Le travail de Dali au sein de la « revue à tête de bête » constitue, à notre avis, une étape importante de cette évolution.

Dans cette optique, la communication portera sur quelques-uns des écrits publiés par Dali dans la revue Minotaure et, plus précisément, sur sa réponse à « Émancipation de la peinture », « Interprétation paranoïaque-critique de l’image obsédante » et « De la beauté terrifiante et comestible de l’architecture Modern’style » (1933a; 1933b; 1933c). Nous présenterons, dans un premier temps, la revue et la situerons dans le contexte des années trente. Puis, nous décrirons les principales théories daliniennes (l’« art comestible » et la « paranoïa-critique » telles que formulées dans la publication de Skira, ainsi que l’évolution du peintre au sein du surréalisme, avec notamment une étude quantitative des représentations picturales de Minotaure. Finalement, nous analyserons le débat théorique entre Breton et Dali afin de montrer en quoi le peintre a forcé la migration du « pape du surréalisme » et de quelle manière il a utilisé la revue pour se distinguer du mouvement. Nous croyons que Minotaure, revue pluridisciplinaire, est particulièrement susceptible de mettre en relief certaines règles générales des champs (Bourdieu, 2002 : 113) et qu’une approche sociologique basée sur les rapports entre les agents soit entre eux (Bourdieu, 1992), soit avec ou dans les revues (Aron, 1994, 2006; Sapiro, 2006), nous permettra d’éclaircir certaines des fonctions des périodiques (médiation, confrontation, coalition) dans le champ culturel ainsi que la place de Dali par rapport au surréalisme.

(Labelle-Hogue, Simon-Pier, « Dali et le surréalisme : réflexions sur Minotaure », L’artiste en revues. Fonctions, contributions et interactions de l’artiste en mode périodique, Bruxelles, Université Libre de Bruxelles, 28-30 octobre 2013.)


De San Francisco à Montréal : contre-assimilation et adaptation culturelle dans la littérature québécoise francophone

La contre-culture, mouvement américain qui fit son arrivée au Québec pendant la Révolution tranquille (1967), est encore très peu étudiée. Les critiques se limitent plutôt à y lire une attaque massive des jeunes contre l’institution, à l’instar de ce qui a pu être observé en France à la fin de cette même décennie.

Mais la méprise est compréhensible, car apolitique, informe et global, le mouvement a rapidement été intégré à la culture populaire, voire mythifié. Une question demeure donc en suspend : quelle est la place de la contre-culture? Dépendante d’un contexte historique, visant des valeurs achroniques, sa théorisation devient rapidement un fardeau, qui s’allège cependant lorsque nous prenons comme objet la littérature québécoise. Alors que celle-ci s’identifiait en grande partie à la République, un déplacement est survenu. De l’affirmation de Crémazie selon laquelle une littérature iroquoise ou huronne en traduction vivrait plus aisément en France qu’une littérature canadienne d’expression française, l’« institution » contre-culturelle a conséquemment visé l’autarcie.

Dans cette optique, la conférence aura pour but de situer la contre-culture et d’évaluer son activité qui, comme le titre l’indique, est basée sur une contre-assimilation de la culture américaine. À cet effet, nous devrons (i) contextualiser la contre-culture sur le plan social; (ii) décrire son conditionnement tant sociologique que littéraire et culturel; (iii) parvenir à une définition fonctionnelle compréhensible selon les schémas de Casanova et de Bourdieu mettant de côté le phénomène de traduction.

Bref nous tâcherons, avec un esprit un tantinet polémique, de prendre le problème à revers ou d’oublier 200 ans d’histoire pour en réécrire une décennie.

(Labelle-Hogue, Simon-Pier, « De San Francisco à Montréal : contre-assimilation et adaptation culturelle dans la littérature québécoise francophone », dans le cadre du séminaire Créer et diffuser en francophonie, Paris, École normale supérieure de Paris, 19 avril 2013, conférencier invité.)


Le corps de la contre-culture entre Érotisme et espace expérientiel

À l’heure de la Révolution tranquille, les préjugés qui fondaient le rapport au corps se sont transformés. Avec l’apparition de nouvelles méthodes de contraception, la découverte des drogues psychédéliques et la montée des religiosités orientales, le corps, auparavant soumis aux dictats ecclésiastiques, s’émancipe progressivement suivant l’idéologie de la contre-culture. Il nous est conséquemment possible de noter à la fois une translation sociale nationale et un déplacement épistémologique transnational qui trouvent tous deux leur réalisation dans une nouvelle philosophie des corps. Plus avant, lorsque nous nous intéressons aux créations individuelles, les œuvres de Patrick Straram et Louis Geoffroy par exemple, une dimension multinationale s’ajoute du fait de l’héritage français de leur philosophie, Straram étant influencé par l’Internationale Lettriste et Geoffroy par l’Érotisme de Bataille.

Dans le cadre de cette communication, notre tâche consistera donc à montrer en quoi les déplacements extralittéraires ont mené à une réévaluation scripturaire du corps tant physique que spirituel. Par une approche qui mêle la sociologie de la littérature de Bourdieu à celle, plus compréhensive, de Norbert Elias, nous mettrons en lumière la réflexion qui sous-tend la poésie de Patrick Straram et Louis Geoffroy du début des années 1970. Nous espérons par le fait même exposer une littérature où agression et relation sexuelle s’entremêlent, où les drogues psychédéliques permettent de trouver la limite entre soi et les autres, et où l’expérience du corps, d’un côté comme de l’autre, permet de combler le fossé qui s’est creusé dans le religieux.

(Labelle-Hogue, Simon-Pier, « Le corps de la contre-culture entre Érotisme et espace expérientiel », (Dé)placements : le corps et l’espace, Kingston, Université Queen’s, 27-28 octobre 2012.)


« S’achete[r] un Ab Roller King via TVA » : poésie, langue et effet de réel chez Simon Boulerice

Les recherches linguistiques ont, tout du long du vingtième siècle, servi deux objectifs opposés : sacraliser la langue en exaltant sa complexité et l’aplanir par la description. La littérature a, parallèlement, tenté de réinterpréter le langage tout en s’éloignant de la représentation rimbaldienne du poète. Il en résulte une dislocation vécue dans la langue qui oblige l’écrivain à choisir entre l’élévation du poétique et le poids de réel.

Notre communication visera, dans cette perspective, à élucider les mécanismes poétologiques de réappropriation du concret dans Nancy croit qu’on lui prépare une fête. Nous croyons en effet que les synecdoques, citations, toponymes et emprunts vernaculaires y traduisent une nouvelle crise du poétique, hypothèse que nous corroborerons à l’aide d’entretiens réalisés avec l’auteur. Nous espérons ainsi exposer les procédés stylistiques qui non seulement modulent l’imaginaire de l’œuvre, mais aussi caractérisent une poésie néo-réaliste tributaire du post-modernisme ancrée dans la contemporanéité et ses enjeux.

(Labelle-Hogue, Simon-Pier, « “S’achete[r] un Ab Roller King via TVA” : poésie, langue et effet de réel chez Simon Boulerice », Poésie et langue, Antigonish, Université St. Francis Xavier, 19-20 octobre 2012.)


La contre-culture au Québec : politique des citations

La contre-culture américaine s’est construite à même l’opposition d’une jeunesse montante vis-à-vis des valeurs matérialistes et traditionnelles de leurs parents. Très influencée par les auteurs de la beat generation, notamment Allen Ginsberg, dont le Howl fait état d’une nouvelle mythologie urbaine, et Jack Kerouac, dont la description d’un voyage initiatique vers la Californie et le Mexique a donné lieu à un véritable modus operandi, la contre-culture s’est manifestée en de nombreuses entreprises culturelles et sociales, qui ne feront toutefois leur entrée au Québec qu’à fin des années soixante, après la chute du régime de Maurice Duplessis et de l’Union nationale.

Nous nous intéresserons, dans cette perspective, aux textes du début des années soixante-dix de Paul Chamberland, Denis Vanier et Lucien Francoeur, afin de montrer en quoi ils proposent, par un dense réseau de citations et de reprises thématiques, un engagement factice envers une contre-culture idéalisée. N’ayant connu le mouvement que par ses œuvres et ses démonstrations subversives, ils ne reproduiront en effet qu’un comportement d’allure contestataire qui, puisqu’il suppose la description comme la négation d’une culture qui n’est pas la leur, s’infirme par le nihilisme (Denis Vanier), la louange excessive d’une utopie (Lucien Francoeur) ou un esthétisme désabusé (Paul Chamberland). Nous espérons finalement montrer en quoi un changement politique peut donner lieu à une entreprise littéraire hybride outre frontière qui conserve une attache tant avec sa terre d’origine qu’avec le territoire qui l’a adoptée.

(Labelle-Hogue, Simon-Pier, « La contre-culture au Québec : politique des citations », Colloque international Crossings, Frictions, Fusions, Long Beach, California State University, 29-31 mars 2012.)


Petite Vie, petite langue : la langue vernaculaire dans la télésérie québécoise

La Petite Vie, série télévisée québécoise scénarisée par Claude Meunier, forme un corpus homogène de soixante et un épisodes diffusés entre 1993 et 1999. Elle présente, en outre, l’avantage de mettre en scène deux générations qui, sans qu’il y ait de formation conflictuelle dualiste, propose plutôt une continuité. Par ailleurs, tandis que le théâtre populaire cède progressivement la place à un représentation plus intellectualisée, le milieu télévisuel devient la vitrine de la langue vernaculaire. Plusieurs linguistes, dont France Martineau, ont constaté cet exode des formes plus populaires du langage et y ont adapté la forme de leurs études. Pourtant, aucune analyse systématique ne semble avoir été opérée et il conviendrait, avant de s’inspirer plus avant de ces techniques de recherche, de palper le terrain.

La communication viserait donc la circonscription linguistique de la langue montréalaise dans La Petite Vie, en prenant appui sur différentes variables. Premièrement, il sera question de l’alternance entre /tu/ et /tut/, en nous inspirant des résultats de Lemieux, Saint-Amour et Sankoff et Lemieux-Nieger, Leblanc et Paquin. Ensuite, l’analyse s’attardera à l’expression de la restriction et, plus spécifiquement, sur les données récoltées par Massicotte sur rien que, seulement (que) et juste, épaulées par la comparaison de Rehner et Mougeon avec l’Ontario français et l’étude de Thibault et Daveluy sur l’évolution du parlé montréalais. En un troisième temps, une étude du futur périphrastique conséquente aux réflexions de Emirkanian, Sankoff et Mougeon, Beniak et Valli nous permettra de terminer notre panorama de la langue de Montréal.

Finalement, nous situerons La Petite Vie entre la langue vernaculaire telle que décrite par les linguistes et la perception qu’en ont les Québécois par le biais, entre autres, des essais de George Dor sur le langage parlé des Québécois et les recensions linguistiques effectuées par des amoureux de la culture québécoise comme Jean Forest. Ces données nous permettront d’identifier plusieurs marqueurs discursifs de la langue vernaculaire montréalaise et de circonscrire son usage dans La Petite Vie, qui sera considérée comme l’avatar de la télévision comique des classes socio-économiques basses de Montréal par l’importance qu’elle a progressivement prise sur le plan social.

(Labelle-Hogue, Simon-Pier, « Petite Vie, petite langue : la langue vernaculaire dans la télésérie québécoise », Colloque internationale Les Français d’ici, Montréal, Université de Montréal, 10-12 mai 2010, aussi présenté sous le titre « État du vernaculaire dans la télésérie québécoise : l’exemple de La Petite vie », dans le cadre du cours FRA4763 : Langue française, usages et représentations, Ottawa, Université d’Ottawa, 10 mars 2011, conférencier invité.)


We Want the World and We Want It Now” : la sacralisation du corps dans la contre-culture québécoise

Né au dix-huitième siècle de l’attrait engendré par le nouveau continent, le rêve américain s’appuie sur les concepts de liberté et d’égalité transmis par l’idéal républicain des États-Unis post-1775. Une nouvelle dimension s’ajoutera néanmoins à cette situation. Les décennies soixante et soixante-dix propulseront, en effet, la sexualité et l’expérience du corps jusqu’à lui conférer un caractère sacré, surtout lorsqu’on les aborde sous une perspective ottonienne, cela sur la base de la liberté accordée aux individus. Rudolf Otto a, de fait, défini le sacré dans une vision phénoménologique basée sur le numineux, un sentiment constitué du fascinans, du majestas de l’excitation et du tremendum. Si les trois premiers trouvent écho dans la poésie contre-culturelle, le sentiment de crainte se trouve occulté par l’effervescence des mentalités Beats, hippies, yippies et zippies, de sorte qu’il se manifeste par un système de prescriptions basées sur l’anéantissement des tabous plutôt que par un sentiment d’infériorité.

Or, la littérature poétique des années 60 donne à voir un déplacement de l’objet sacré en vue d’une magnification du corps profane. Cette réalité, explicitée dans les documents sociologiques de Guy Ménard, Patrice Lépine, Robert Tessier, José Prades et David Rompré, nous permettra d’étudier le culte du corps dans les oeuvres de Denis Vanier, Louis Geoffroy et Patrick Straram publiées entre 1970 et 1974.  L’expérience du corps, soit les drogues, la sexualité mais aussi leur stratification selon une échelle qui présente, par inversion, les proscriptions de la génération précédente, sera de plus analysée par l’entremise des deux premières années de la revue Mainmise, qui pour Marie-France Moore tente une assimilation rapide de l’utopisme américain de la décennie 1960. Aussi la communication tentera-t-elle, dans une perspective socioculturelle, de mettre en relation les caractéristiques tant québécoises qu’américaines qui ont mené à cette réinterprétation du sacré. Nous pourrons, par le fait même, constater leur représentation au niveau figuratif (par exemple l’existentialisme Beats et les ultimate concerns prisés dans les définitions du sacré en vogue durant cette période) dans les recueils de la littérature contre-culturelle québécoise naissante et d’établir les raisons de cette utopie.

(Labelle-Hogue, Simon-Pier, « “We Want the World and We Want It Now” : la sacralisation du corps dans la contre-culture québécoise », Américanité, corps et quête de sens en littérature québécoise moderne, Montréal, Université de Montréal, 13-14 mai 2010.)


L’American Dream perpétué, la perspective contre-culturelle

Nous savons qu’après l’exposition universelle de Montréal, en 1967, la province de Québec s’est considérablement ouverte sur le monde. Or, si certains poètes, dont Raoul Duguay et Claude Péloquin, cultivent l’imaginaire d’un Québec indépendant, soutenus par l’idéologie en vogue, d’autres décentralisent ce que l’on nomme le « rêve américain ».

Précédemment employé afin de justifier les immigrations massives vers le Canada et les États-Unis, le « rêve américain » est le reflet d’une Europe où les possibilités de travail s’amenuisent et où la qualité de vie se détériore progressivement. Cependant, de nombreux membres de la société contre-culturelle québécoise, dont Denis Vanier, Josée Yvon, Claude Beausoleil, Paul Chamberland et Lucien Francoeur, modifient cette perception par une acculturation de la mentalité de leur voisin du sud. De fait, ils s’approprient une grande part de l’existence américaine par des voyages, des allusions à des figures (Bob Dylan) ou des lieux (New York) connus, des anglicismes plus fréquents destinés à rompre avec le langage commun, etc.

Le but de la présentation sera donc d’analyser les différentes composantes de l’identité contre-culturelle référant aux États-Unis et de tenter l’analyse, par des textes poétiques des auteurs ci haut nommés, de l’étrange relation qu’ils partagent avec le géant américain. Aussi, la communication tentera, dans une perspective socioculturelle, d’expliquer cet attrait pour l’inconnu par une description factuelle de la période d’écriture des textes concernés, ainsi que par la mise en lumière de différents faits autobiographiques discernables dans les textes soumis à l’analyse.

La dernière portion aura pour but de montrer l’affaissement progressif de cette vision idyllique du monde extérieur, puis son extinction quasi-complète avec Paul Chamberland.

(Labelle-Hogue, Simon-Pier, « L’American Dream perpétué, la perspective contre-culturelle », Langages poétiques et poésie francophone en Amérique du Nord, Toronto, Université York, 1-3 octobre 2009.)


Une poétique de la déjection : le thème de la soif chez Denis Vanier

La poétique vaniérienne propose un univers marqué par l’interaction de différents fluides qui, combinés aux isotopies du désert et de la chaleur, permettent de déceler une thématique de la soif. Denis Vanier tentera, en effet, de multiplier les liquides qu’il intègre à ses poèmes en vue d’une purification symbolique liée à la destruction progressive du poncif de l’écrivain contre-culturel qui l’a accompagné tout du long de sa carrière. Nous analyserons donc, d’un point de vue thématique, la présence polymorphe de la soif au fil de quatre de ses recueils, lesquels recouvrent l’ensemble de ses périodes poétiques. Les exemples que nous en tirerons nous permettront de circonscrire les fonctions des différents liquides en vue d’une interprétation linéaire des ouvrages et d’une synthèse de la métaphysique vaniérienne.

(Labelle-Hogue, Simon-Pier, « Une poétique de la déjection : le thème de la soif chez Denis Vanier », ACFAS, Ottawa, Université d’Ottawa, 11-15 mai 2009.)


Le Postmoderne cru : sources et usages de l’instantané

Sujet à une économie de moyens grandissante, le texte contemporain fusionne progressivement avec la téléréalité. Il se veut, même, le lieu d’émergence d’un réel stéréotypé subséquent à l’athazagoraphobie, la crainte d’être laissé pour compte qui caractérise la Génération X. De fait, les auteurs de cette cohorte déploient des procédés textuels fondés sur l’ironie pour s’opposer aux boomers par le sarcasme. La Génération X accapare conséquemment le milieu de la comédie, où des situations réelles caricaturées critiquent la société qui les produit.

Par ailleurs, l’autofiction, le récit et le roman postmoderne, dont les œuvres de Marie-Sissi Labrèche, Nelly Arcan, Jennifer Tremblay et Stéphane Achille seront les avatars, s’inscrivent dans cette volonté de produire une écriture qui rivalise avec les médias de masse et dépouille le sujet de toute pudeur. Il en résulte une littérature à mi-chemin entre le réel et la fiction proposant l’image d’une dépression sociétaire généralisée, une esthétique immanente du réalisme contemporain.

La communication situera donc les sources et les usages de l’instantané, perçu comme l’apanage de la littérature ultramoderne. Nous esquisserons d’abord un portrait succinct de la littérature intime, de l’explosion du genre diaristique à l’autofiction contemporaine, qui montrera que l’écriture de soi et l’engrenage spectaculaire favorisent un regard cynique sur la société. Finalement, nous constaterons que le cynisme est amplifié par les critères de brièveté, d’immédiat, d’instantané et d’éphémère qu’impose la productivité capitaliste marchande, une analyse épaulée par les textes de Françoise Simonet-Tenant, Philippe Lejeune, Jean-Paul Jouary et Guy Debord.

(Labelle-Hogue, Simon-Pier et Marie-Pier Bleau, « Le Postmoderne cru : sources et usages de l’instantané », Jeunes chercheurs cherchent jeunes littératures, Ottawa, Université d’Ottawa, 12 mai 2009.)

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